Stratégies

Rym Saker - Uber France : « Notre priorité est d’anticiper le futur de la mobilité. »


À l’occasion des 15 ans d’Uber et des 10 ans d’Uber Eats en France, Rym Saker, directrice de la communication d’Uber France, revient sur l’évolution d’une marque passée du statut de start-up disruptive à celui d’acteur installé et légitime de la mobilité et de la livraison. Notoriété, ancrage territorial, transition écologique, innovation technologique, stratégie d’influence et événementielle : elle décrypte les piliers d’une communication désormais centrée sur la confiance, l’émotion et la proximité, tout en dévoilant les ambitions d’Uber pour les années à venir.

Rym Saker - Uber France : « Notre priorité est d’anticiper le futur de la mobilité. »
Rym Saker - Uber France : « Notre priorité est d’anticiper le futur de la mobilité. »

Uber fête cette année ses 15 ans en France et Uber Eats ses 10 ans. Avec le recul, quel regard portez-vous sur leur activité en France ?

R.S. : Même après huit ans au sein de l’entreprise, je continue d’être frappée par le niveau de notoriété atteint par les deux marques en un laps de temps relativement court. Uber bénéficie aujourd’hui d’une reconnaissance supérieure à 90 % y compris dans des villes où nous ne sommes pas disponibles. Mais au-delà de cette visibilité, notre principale satisfaction est d’être parvenu à construire une identité de marque attractive qui est à la fois désirable et génère de la confiance. Concernant Uber Eats, la trajectoire est tout aussi remarquable. En une décennie, la marque s’est imposée comme un acteur incontournable de la livraison et figure aujourd’hui parmi les enseignes préférées des Français, alors même que ce n’est pas une enseigne physique ! Cela traduit notre capacité à nous adapter aux attentes, à innover en permanence et à créer une relation de confiance sur le long terme. Aujourd’hui, notre bilan est celui d’une entreprise passée d’un statut de pionnier disruptif à celui d’acteur durablement installé, qui cherche à concilier performance, responsabilité et proximité avec ses utilisateurs.

En France, nous couvrons désormais 95 % de la population urbaine et plus de 60 % de la population totale.

Uber a longtemps été très présente dans les médias, parfois de manière polémique. Comment analysez-vous son évolution aujourd’hui ?

R.S. : Uber a été très exposée médiatiquement, parfois de manière intense, en tant qu’acteur technologique qui a révolutionné la mobilité urbaine, ce qui a bousculé les acteurs en place. Cette exposition a largement contribué à notre notoriété, mais elle ne suffit pas à bâtir une relation durable avec le public. Notre enjeu, au fil des années, a donc été de dépasser le simple statut de marque connue pour devenir une marque réellement appréciée, utile et légitime dans le quotidien des Français.

Aujourd’hui, Uber est profondément ancré dans le paysage français et dans les territoires. Nous nous sommes d’abord développés en région parisienne, puis dans les grandes villes. Nous couvrons désormais 95 % de la population urbaine et plus de 60 % de la population totale. L’entreprise est passée d’une phase de disruption à une phase d’installation institutionnelle et s’est imposée comme un service utilisé au quotidien. Nous avons aussi développé des partenariats solides avec des grandes entreprises françaises, notamment avec Air France-KLM, via le programme Flying Blue, ou avec la SNCF, grâce à une intégration dans SNCF Connect.

Quelles sont les valeurs qui structurent l’identité d’Uber ?

R.S. : Notre priorité est d’anticiper le futur de la mobilité. Nous proposons un transport à la demande accessible géographiquement et économiquement, aussi bien pour les utilisateurs que pour les chauffeurs. Aujourd’hui, 55 000 chauffeurs VTC utilisent notre application et nous croyons en notre capacité à continuer à offrir des opportunités économiques quel que soit votre niveau de diplôme ou lieu de résidence. Nous défendons aussi une mobilité partagée, qui limite la possession de voitures individuelles. Nous accompagnons également la transition énergétique des chauffeurs : en 2020, notre flotte était composée à plus de 85 % de véhicules diesel. Aujourd’hui, ils représentent moins de 5 %, et 92 % de nos véhicules sont hybrides ou électriques. Enfin, nous préparons l’avenir avec la mobilité autonome, qui se développera progressivement sur les vingt à trente prochaines années.

Uber entend proposer le service  de robot-taxis en France dès que les conditions réglementaires, techniques et industrielles seront réunies. - © D.R.
Uber entend proposer le service de robot-taxis en France dès que les conditions réglementaires, techniques et industrielles seront réunies. - © D.R.

Justement, les robots-taxis ne risquent-t-ils pas de fragiliser l’activité des chauffeurs ?

R.S. : Aux États-Unis, où ces services existent déjà, nous constatons qu’il n’y a pas d’impact négatif sur l’emploi. Il y a au contraire une véritable complémentarité entre le réseau de véhicules autonomes et les chauffeurs. Notre vision est celle d’un marché en croissance, avec de la place pour les chauffeurs humains comme pour les robots-taxis.

Nous prévoyons d’offrir notre service de véhicules autonomes dans au moins 10 villes à travers le monde cette année, dont Londres et Munich.

Cette technologie sera-t-elle déployée en France ?

R.S. : Nous prévoyons d’offrir notre service de véhicules autonomes dans au moins 10 villes à travers le monde cette année, dont Londres et Munich. Dans les villes où nous sommes déjà présents comme Austin et Abu Dhabi, nous voyons une adoption très forte de la technologie par nos utilisateurs. Les véhicules autonomes, ce n’est pas de la science-fiction, c’est déjà le présent. Notre ambition est évidemment de pouvoir proposer ce type de service en France, dès lors que les conditions réglementaires, techniques et industrielles seront réunies.

Comment Uber se différencie-t-il de ses concurrents ?

R.S. : Notre première force repose sur notre ancrage historique et sur la solidité de notre promesse produit. En quinze ans de présence en France, nous avons construit une relation de confiance durable avec nos utilisateurs, fondée sur la fiabilité, la simplicité et la qualité de service. Nous proposons une application intuitive, confortable et pensée pour un usage international. Où que l’on soit dans le monde, on retrouve les mêmes repères, la même langue, les mêmes standards de service et une transparence totale sur les prix. Cette continuité d’expérience constitue un avantage déterminant, notamment pour les voyageurs. Nous attachons également une grande importance à la performance opérationnelle. À Paris, le temps d’attente moyen est inférieur à cinq minutes, et il se situe autour de six à sept minutes dans les autres grandes villes. Cette rapidité est un élément clé de notre proposition de valeur.

Par ailleurs, nous investissons massivement dans la technologie et la sécurité, avec des fonctionnalités avancées permettant par exemple le partage de trajet, l’assistance en temps réel ou encore le suivi précis des courses. L’innovation fait partie intégrante de notre ADN. Enfin, nous développons des services différenciants, à l’image d’Uber by Women, lancé en novembre 2024, qui permet aux passagères d’être mises en relation avec des chauffeurs femmes. Ce dispositif, qui a déjà généré plus de 150 000 trajets à Paris, répond à une attente forte en matière de confort et de sécurité, et sera prochainement étendu à d’autres villes en France.

 Lancé en novembre 2024, Uber by Women permet aux passagères d’être mises en relation avec des chauffeurs femmes. - © D.R.
Lancé en novembre 2024, Uber by Women permet aux passagères d’être mises en relation avec des chauffeurs femmes. - © D.R.

Comment votre stratégie de communication s’est-elle transformée au fil des années ?

R.S. : À nos débuts, notre priorité était avant tout de faire connaître la marque et d’accompagner son installation sur le marché français. Nous nous sommes donc appuyés fortement sur les réseaux sociaux, les influenceurs, les dispositifs promotionnels et les mécaniques d’affiliation, qui correspondaient alors aux usages du moment.

Dans un second temps, nous avons investi davantage dans des campagnes publicitaires plus classiques, afin de renforcer notre visibilité et d’installer durablement notre image auprès du grand public. Depuis quelques années, notre approche a de nouveau évolué. A l’approche marketing, nous avons ajouté une communication plus expérientielle, plus organique, et davantage centrée sur l’engagement que sur la simple exposition. L’objectif est de créer des expériences mémorables, capables de générer de l’émotion et de nourrir une relation plus authentique avec nos publics. Notre campagne “Go Electric” consacrée à la transition vers l’électrique, illustre bien cette évolution. Elle aborde un sujet sérieux avec un plan à 360° qui adresse l’ensemble de nos publics, avec une campagne publicitaire auton décalé et inclusif pour le grand public et une campagne corporate dédiée aux leaders d’opinion. Dans la même logique, nous avons organisé l’an dernier la « Go Electric Party » à la Gaîté Lyrique, qui a réuni plus de 500 participants autour d’un moment festif et pédagogique. Concernant l’événementiel, nous sommes passés d’une logique de “stunts” avec des animations principalement intégrées à l’application à des dispositifs événementiels forts, en présentiel, qui renforcent notre proximité avec les utilisateurs et incarnent concrètement nos engagements.

Nous ne voulons pas être perçus uniquement comme un service transactionnel, mais comme une marque capable de générer de l’attachement,

L’événementiel occupe-t-il une place stratégique dans votre communication ?

R.S. : Oui, très clairement. Il nous permet de sortir du cadre purement digital pour aller à la rencontre de nos communautés et créer des expériences concrètes, incarnées et mémorables. Avec Uber Eats, nous avons notamment lancé il y a deux ans la Halle Uber One : un food market mettant à l’honneur nos partenaires restaurateurs et distributeurs. Ce type d’événement nous permet de valoriser notre écosystème tout en proposant à nos membres un moment de partage, de découverte et de convivialité. Au-delà de la mise en avant de notre offre, l’objectif est surtout de créer un lien émotionnel durable avec nos utilisateurs. Nous ne voulons pas être perçus uniquement comme un service transactionnel, mais comme une marque capable de générer de l’attachement, de la proximité et un sentiment d’appartenance. L’événementiel joue, à ce titre, un rôle clé dans la construction de cette relation.

Uber Eats a lancé i y deux ans la Halle Uber One, un food market mettant à l’honneur ses partenaires restaurateurs et distributeurs. - © D.R.
Uber Eats a lancé i y deux ans la Halle Uber One, un food market mettant à l’honneur ses partenaires restaurateurs et distributeurs. - © D.R.

Quels rôles jouent les influenceurs et les créateurs de contenu dans cette stratégie ?

R.S. : Les réseaux sociaux jouent évidemment un rôle central dans nos dispositifs et nous adorons travailler avec les créateurs de contenu à qui nous laissons beaucoup de liberté dans leur interprétation de nos briefs. Leur créativité, leur savoir-faire et leur relation à leurs communautés sont uniques et il serait contre-productif de les faire entrer dans un moule corporate. Ils ne sont plus simplement des relais en bout de chaîne, mais de véritables partenaires que nous intégrons dès les premières phases de réflexion et de création. Dès l’élaboration d’un projet ou d’un événement, nous travaillons avec eux pour imaginer des expériences pertinentes, authentiques et adaptées à leurs univers. L’objectif est de leur proposer des contenus qu’ils aient naturellement envie de s’approprier et de partager avec leur communauté.

Comment parvenez-vous à créer une relation de proximité durable avec vos utilisateurs ?

R.S. : Nous cherchons avant tout à dépasser la relation purement fonctionnelle pour instaurer un lien plus humain, plus émotionnel et plus engageant. Pour cela, nous développons des expériences exclusives, qui permettent de proposer des moments uniques et différenciants, au-delà du simple usage du service. Nous réfléchissons également à l’utilisation d’ambassadeurs de marque capables d’incarner nos valeurs et de créer un lien fort avec différentes générations et différents publics. Ces figures nous permettent de renforcer l’identification à la marque et de nourrir un sentiment de proximité.

Par ailleurs, nos partenariats jouent un rôle essentiel dans cette stratégie. Sur Uber Eats, notre engagement aux côtés de la Fédération française de football nous permet de nous associer à un univers populaire, fédérateur et transgénérationnel. Côté Uber, nous soutenons la Fédération française d’handisport, ainsi que des athlètes comme le joueur international de cécifoot Hakim Arezki, dans une démarche fondée sur l’accessibilité, l’inclusion et le respect. Ces engagements traduisent notre volonté d’inscrire la marque dans la vie réelle des Français, en résonance avec leurs passions, leurs valeurs et leurs préoccupations.

Uber Eats est partenaire de la Fédération française de football depuis 2022. - © D.R.
Uber Eats est partenaire de la Fédération française de football depuis 2022. - © D.R.

Uber est aussi partenaire des Jeux olympiques.

R.S. : Uber est effectivement partenaire des JO, notamment pour les éditions de Cortina-Milan, qui débute ce week-end, et de Los Angeles en 2028. Ces partenariats s’inscrivent dans notre volonté de nous associer à des événements fédérateurs, porteurs de valeurs fortes et dotés d’une visibilité internationale. Concernant les Jeux de Cortina-Milan, nous privilégions des dispositifs presse et influenceurs, afin de valoriser notre engagement de manière qualitative et cohérente avec nos priorités de communication.

Dans certaines villes comme Lyon, Marseille ou Nantes, plus de 40  % de notre flotte est désormais électrique.

Comment se traduit concrètement votre engagement RSE ?

R.S. : Notre engagement en matière de responsabilité sociale et environnementale se traduit par des actions concrètes et mesurables. Entre 2020 et 2025, nous avons mis en œuvre un plan de transition ambitieux visant à réduire fortement l’usage du diesel au sein de notre flotte. Pour accompagner nos chauffeurs dans cette transformation, nous avons proposé des primes pouvant dépasser 4 500 euros pour l’acquisition de véhicules électriques. Ces initiatives ont porté leurs fruits : aujourd’hui, notre taux d’adoption de véhicules électriques dépasse largement la moyenne nationale. Dans certaines villes comme Lyon, Marseille ou Nantes, plus de 40  % de notre flotte est désormais électrique.

Qu’en est-il de vos relations avec les collectivités et les taxis ?

R.S. : Depuis la stabilisation du cadre réglementaire entre 2016 et 2020, nous avons construit des relations de confiance avec les collectivités et renforcé notre collaboration avec les professionnels du secteur. Aujourd’hui, nous travaillons étroitement avec les taxis, en leur proposant des outils numériques performants pour améliorer leur activité. En Île-de-France, nous sommes fiers d’être la deuxième application de taxis la plus utilisée, avec plus de 4 000 chauffeurs connectés sur notre plateforme, ce qui illustre notre volonté de créer un écosystème de mobilité fluide et collaboratif

Lancé en 2025, Uber Teens permet aux adolescents dès 13 ans de se déplacer en toute sécurité. - © D.R.
Lancé en 2025, Uber Teens permet aux adolescents dès 13 ans de se déplacer en toute sécurité. - © D.R.

Quelles innovations préparez-vous pour 2026 ?

R.S. :  L’innovation reste au cœur de notre stratégie. Les véhicules autonomes constituent une priorité, mais nous explorons également l’intégration de nouveaux modes de transport pour répondre aux besoins variés de nos utilisateurs. Parallèlement, nous développons des solutions adaptées à des publics spécifiques : en 2025, nous avons lancé Uber Senior, une version simplifiée de l’application pour faciliter la mobilité des personnes âgées, et Uber Teens, qui permet aux adolescents dès 13 ans de se déplacer en toute sécurité. Ces initiatives traduisent notre volonté d’innover tout en rendant la mobilité accessible, sûre et adaptée à tous.

Dernière question : que venez vous chercher dans votre rôle de juré de la Nuit de l’Événementiel ?

R.S. : Un véritable shoot de créativité ! J’espère être surprise et étonnée. C’est l’occasion de s’inspirer, de découvrir de nouvelles approches, y compris dans des secteurs très éloignés du mien comme le B2B.

Pour tout savoir de La Nuit de l’événementiel, c’est ici