À chacun son mojo
Hier soir, à la cérémonie des Césars, Benjamin Lavernhe nous a rappelé qu’un grand moment ne repose ni sur l’esbroufe ni sur les artifices, mais sur une présence juste, un sens du rythme et la capacité à faire vibrer une salle entière.
Endosser les habits de maître de cérémonie des Césars est un cadeau empoisonné. Pour celui ou celle qui s’y colle, le pari est à double tranchant : au mieux, iel parvient à se mettre le public et les téléspectateurs dans la poche grâce à un acting détonant et des punchlines bien senties ; au pire, cela tourne au naufrage pour cause d’assistance réfrigérée. Beaucoup s’y sont essayés, peu ont triomphé.
Il n’existe pas de formule magique, ni de gri-gri garantissant le succès. Ce serait trop simple. Après tout, il est dans l’ordre des choses qu’une actrice ou qu’un comédien puise en lui-même l’inspiration nécessaire pour embarquer le public par son jeu.
Il en va de même pour tout événement. Sans talent créatif, sans l’art de raconter une histoire, sans sens du rythme, de la surprise et de l’émotion partagée, aucun dispositif technique, aucun budget, aucun décor spectaculaire ne suffisent à créer l’adhésion.
La créativité, tout le monde peut s’en saisir, à condition de trouver son mojo. Cette étincelle fragile et précieuse qui transforme une prise de parole en moment, un programme en expérience, une soirée en souvenir.
Hier soir, sur la scène de L’Olympia, Benjamin Lavernhe a trouvé le sien. Il avait un avantage : il baignait dedans depuis ses dix ans et sa rencontre avec le Jim Carrey de The Mask. Son énergie, sa précision, son sens du tempo n’étaient pas de simples effets de style : ils traduisaient une compréhension intime de ce qui fait vibrer une salle. Il a su joué avec l’événement, et c’est à coup sûr une source d’inspiration pour notre filière.
Imaginer un événement, ce n’est pas empiler des formats, des speakers ou des animations. C’est composer une partition, accepter le risque du vivant, faire confiance à l’intelligence collective, à l’émotion partagée, au pouvoir du récit.
Le mojo ne se décrète pas. Il naît de la sincérité et du désir de faire vibrer l’autre. Hier soir, un acteur nous a rappelé qu’un grand moment ne tient pas à des artifices, mais à une alchimie invisible entre celui qui parle et ceux qui écoutent.
C’était sssssssplendide !