Territoires

Audrey Henocque : "La puissance publique et le privé peuvent avancer ensemble "

Par Pascale Baziller | Le | Acteurs publics

Audrey Henocque, adjointe au maire de Lyon en charge des finances, des commandes publiques et des grands événements fait le bilan de la Fête des Lumières 2022 et expose les enjeux de cet événement.

Audrey Henocque, adjointe au maire de Lyon en charge des finances, commandes publiques et événements - © Muriel Chaulet
Audrey Henocque, adjointe au maire de Lyon en charge des finances, commandes publiques et événements - © Muriel Chaulet

Quel bilan tirez-vous de la Fête des Lumières qui s’est déroulée du 8 au 11 décembre 2022 ?

Nous sommes ravis de cette édition 2022. Nous avons eu des retours positifs même si certaines œuvres n’ont pas fait l’unanimité. Ce qui est le propre de la création artistique. Mais, c’est la variété avec des artistes locaux et internationaux qui fait la richesse de cette fête. Cette nouvelle édition était très attendue par les acteurs locaux et les citoyens. Plus de 2 millions de visiteurs sur quatre jours dont 15 % d’étrangers ont ainsi pu découvrir la trentaine d’œuvres mises en scène dans la ville. Il y a eu +15 % de fréquentation dans les transports en commun le 8 décembre, premier jour du lancement (chiffres TCL). Nous avons également eu un très bon retour de l’Office de tourisme de Lyon qui a enregistré 85 % de taux d’occupation dans l’hôtellerie avec des séjours rallongés. Les réservations sont passées d’une ou deux nuits à quatre ou cinq jours pour cette édition, ce qui profite à l’ensemble de l’économie locale (restaurants, commerces…) mais aussi au secteur culturel à travers les expositions comme Toutankhamon, la Biennale d’art contemporain, les 24 musées ou encore les croisières sur la Saône.

Spectacle Murmuration de Squidsoup, Place des Jacobins à Lyon  - © MURIEL CHAULET
Spectacle Murmuration de Squidsoup, Place des Jacobins à Lyon - © MURIEL CHAULET

Quel est le budget de cet événement et comment est-il financé ?  

Le budget est de presque 3 millions d’euros qui sont financés par la ville de Lyon à hauteur de 2 millions d’euros et les mécènes de 929 000 euros. Ce sont des dépenses directes auxquelles s’ajoutent les dépenses indirectes (logistique, sécurité…). Nous sommes satisfaits d’avoir un maintien du mécénat. Nous n’avons pas encore retrouvé le niveau de mécénat d’avant la pandémie qui était de 1,5 million d’euros. Mais, nous avons pu encore compter, sur le soutien d’une quarantaine de partenaires et mécènes parmi lesquels les membres-fondateurs EDF et Sonepar - Le Mat’Electrique et six nouveaux entrants Nexans, le site Europole, Sodexo, Nissan, Samse (matériel électronique), Michaël Zingraf Real Estate. Le soutien peut prendre la forme d’un mécénat financier à la Fête, d’un mécénat de compétences ou d’un financement direct d’œuvres. Ainsi, notre mécénat de 929 000 euros se répartit entre 444 000 euros en numéraire, 106 000 euros en valorisation de projets associés, 326 000 euros en valorisation de mécénat de compétences et 52 000 euros en parrainages d’autres festivals internationaux ou de consulats. Notre objectif est d’avoir de plus en plus d’entreprises locales ou/et nationales parties prenantes dans ce projet. Nous pensons que le privé et la puissance publique peuvent avancer ensemble sur des projets d’intérêt général comme la Fête des Lumières qui est un événement populaire, gratuit et responsable. C’est intéressant pour les entreprises de l’énergie et de l’éclairage comme nos membres-fondateurs mais aussi les entreprises de tous secteurs. Nous avons développé pour la première année des dispositifs spécifiques pour les personnes en situation de handicap. Nous en sommes aux balbutiements, nous espérons être soutenus par des entreprises l’année prochaine pour poursuivre sur cette voie.

Le Voyageur Céleste, Ateliers BK et Jérôme Jouvray, les façades des habitations de la colline de Fourvière deviennent des planches de BD  - © MURIEL CHAULET
Le Voyageur Céleste, Ateliers BK et Jérôme Jouvray, les façades des habitations de la colline de Fourvière deviennent des planches de BD - © MURIEL CHAULET

Comment avez-vous abordé l’écoresponsabilité sur cette nouvelle édition ?

L’écoresponsabilité se concentrait essentiellement sur l’aspect de la sobriété énergétique sur les précédentes éditions. Pour cette édition 2022, nous avons souhaité renforcer cette tendance et aller plus loin en demandant notamment dans les cahiers des charges des œuvres choisies en marché public de répondre à des critères environnementaux au niveau de la consommation électrique, du réemploi des matériaux et du transport. Les artistes sont déjà très engagés sur ce sujet. Ils proposent des œuvres moins énergivores. Lors de l’édition 2021, la consommation était de 3500 € pour 30 œuvres sur 4 soirs (4 heures chaque soir). C’est faible ! Elle est du même ordre en 2022. Par ailleurs, nous nous inscrivons dans une vision plus globale d’une fête écoresponsable. Cela implique une offre d’alimentation accessible avec des produits locaux, bio et sans déchets, ce que nous avons mis en place avec le Food Court sur la Place Bellecour. Il en est de même pour les déplacements. L’offre de TCL (Transports communs Lyonnais) a été maintenue avec le ticket de transport gratuit le soir et un ticket réduit pendant toute la Fête. À côté, nous encourageons les visiteurs dont les européens à venir en train à Lyon. Dans cette perspective, nous n’avons pas fait de publicité et de prospection en Asie cette année. Cette décision n’a pas eu d’incidence sur le volume des touristes.

Connaissez-vous les retombées économiques de cet événement ?

Nous n’avons pas connaissance de données chiffrées sur les retombées économiques de cet événement. En revanche, nous savons que celles d’un grand événement sportif comme le fut la Coupe du monde féminine de football sont de l’ordre de 10 millions d’euros de bénéfices sur le territoire. Il serait intéressant d’avoir des chiffres mais pour le moment nous n’envisageons pas de commander une étude. La Fête des Lumières apporte des retombées aux restaurateurs, aux commerces et aux hôteliers mais elle est avant tout un événement pour les Lyonnaises et les Lyonnais. Elle s’inscrit dans une mission de service public. Elle est un temps de retrouvailles dans l’espace public qui valorise notre patrimoine, un moment de partage et de solidarité avec les luminions du cœur et de découvertes artistiques. Nous sommes également ravis d’accueillir des visiteurs qui viennent profiter des beautés de notre ville et de la création artistique.

Lyon est identifiée comme la ville lumière…

Lyon est à la pointe de la création lumière depuis longtemps. Le premier plan lumière date de la fin des années 80. Nous travaillons actuellement sur le quatrième plan lumière. Il est question de sobriété et de biodiversité autour de l’éclairage public et des événements. Lyon est parmi les fondateurs du réseau Luci (réseau international des villes pour la lumière créé il y a 20 ans) qui organise chaque année le Lyon Light Festival Forum pendant la Fête des Lumières. Ce rendez-vous international des professionnels de l’éclairage consacré à la lumière créative rassemble 150 participants provenant de 20 pays. Cette année, la réflexion portait sur l’avenir des festivals lumière, les nouveaux modèles, plus sobres, collectifs et participatifs.  

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