L’implacable loi du chéquier
Et si à l’ère des expériences « money can’t buy », la vraie rareté n’est peut-être plus dans l’expérience elle-même mais dans l’indépendance, dans la capacité à rester maître de ses actifs, de ses choix et de sa trajectoire ?
« Quand on parle pognon, à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute ». La réplique de Michel Audiard, n’a jamais été aussi contemporaine.
Une petite phrase et une annonce se sont en effet juxtaposés cette semaine, qui nous laissent penser que les États-Unis n’ont pas fini de bousculer notre quotidien en faisant leur la doctrine de la loi du plus fort - et accessoirement du plus riche. Lorsque Donald Trump déclare « we need Greenland » et laisse entendre qu’un gros chèque suffira à faire céder les Danois et les Groenlandais, ce sont les codes de la diplomatie mondiale qu’il éparpille façon puzzle.
De même, lorsqu’un groupe comme Live Nation met la main sur Paris La Défense Arena, la plus grande salle de concerts d’Europe, en précisant que son propriétaire n’était pas vendeur, on peut aisément supposer que l’offre qui lui a été faite était difficilement déclinable.
Ce basculement dit quelque chose de notre époque. Nous ne sommes plus seulement dans des relations de partenariat, mais dans des logiques d’intégration verticale, de sécurisation d’actifs et de contrôle de chaînes de valeur. Territoires, salles, catalogues d’artistes, données de publics : tout devient ressource, tout devient levier, tout devient arbitrable.
On continue pourtant de parler d’expériences « money can’t buy ». Mais la vraie rareté n’est peut-être plus dans l’expérience elle-même : peut-être est elle est dans l’indépendance, dans la capacité à rester maître de ses actifs, de ses choix et de sa trajectoire.
Ce qui ne se vend pas n’est pas ce qui n’a pas de prix, c’est ce qui a décidé de ne pas en avoir.