Stratégies

Live&Com / Paroles de speakers : L’IA au cœur des stratégies de marques


Christophe Cousin (WMH), Laurent Moreau (Biogaran), Aude Mironneau-Raynaut (Louis Vuitton) et Aurore Lamotte (Renault Group), seront présents au Live&Com, les 28 et 29 mai, sur l’atelier : « IA : opportunité ou dilution de l’identité ? ». En exclusivité, ils nous partagent leurs convictions sur le sujet.

Live&Com / Paroles de speakers : L’IA au cœur des stratégies de marques
Live&Com / Paroles de speakers : L’IA au cœur des stratégies de marques

Christophe Cousin / Vice Président Innovation Marketing & Communication / WMH Project

Christophe Cousin - © D.R.
Christophe Cousin - © D.R.

Comment WMH Project intègre-t-il l’IA dans ses activités ?

Chez WMH Project, nous n’abordons pas l’IA comme un simple outil supplémentaire, ni comme un sujet réservé à quelques experts. Nous l’intégrons comme un levier de transformation global, au service de nos métiers, de nos équipes et de nos clients.

Concrètement, nous avons lancé une démarche d’acculturation et d’appropriation à grande échelle avec le WMH AI TOUR, que nous déployons auprès de nos équipes, mais aussi auprès de nos clients. L’objectif est simple : permettre à chacun de comprendre ce que l’IA change déjà, ce qu’elle va accélérer, et surtout comment l’utiliser de manière utile, créative et responsable.

Notre conviction est que l’IA ne remplace pas l’expertise événementielle. Elle l’augmente.

Aujourd’hui, l’IA intervient dans plusieurs dimensions de notre activité : la veille, l’analyse de tendances, la génération d’idées, la production de pistes créatives, la visualisation de concepts, le storyboard, la scénographie, la création de contenus, la préparation de recommandations, ou encore l’optimisation de certaines tâches de production. Elle nous permet d’aller plus vite, mais surtout d’aller plus loin : proposer davantage d’options, tester plus de scénarios, donner à voir plus tôt une intention créative, enrichir la réflexion stratégique.

Notre conviction est que l’IA ne remplace pas l’expertise événementielle. Elle l’augmente. Elle libère du temps, ouvre le champ des possibles et pousse les équipes à se concentrer sur ce qui fait vraiment la différence : l’idée, le sens, l’émotion, l’expérience, la relation humaine et la qualité d’exécution.

En quoi l’IA transforme-t-elle concrètement les métiers de l’événementiel ?

L’IA transforme l’événementiel à plusieurs niveaux. D’abord, elle transforme la phase de conception. Là où l’on pouvait auparavant explorer quelques pistes dans un temps contraint, nous pouvons aujourd’hui produire plus rapidement des variantes, des univers visuels, des intentions scénographiques, des storyboards ou des concepts narratifs. Cela change la manière de présenter une idée : on ne se contente plus de la décrire, on peut la rendre visible, sensible, presque immersive dès les premières étapes. C’est une I.A de SÉDUCTION qui facilite les échanges et la compréhension de nos clients sur nos concepts et intentions.

Ensuite, elle transforme la relation au temps. Dans nos métiers, les délais sont souvent très courts. L’IA permet de gagner en réactivité, notamment en appel d’offres, en avant-projet ou en préparation de contenus. Mais ce gain de temps n’a d’intérêt que s’il est réinvesti dans la réflexion, la précision et la valeur ajoutée.

Elle transforme aussi les métiers créatifs et de production. Des contenus vidéo, des effets spéciaux, des moodboards, des simulations ou des prototypes qui étaient auparavant lourds, coûteux ou impossibles à produire en amont deviennent plus accessibles. Cela permet aux agences d’être plus démonstratives, plus audacieuses, et aux clients de mieux se projeter.

Enfin, elle transforme les compétences attendues. Demain, la valeur ne sera pas seulement dans la capacité à produire, mais dans la capacité à bien formuler une intention, à diriger l’IA, à sélectionner, à éditorialiser, à arbitrer, à donner du sens. Le rôle des équipes évolue : elles deviennent davantage des directeurs d’expérience, des curateurs, des metteurs en scène de solutions augmentées.

Mais il faut être clair : l’événementiel reste un métier profondément humain. L’IA peut générer des images, des textes, des pistes, des supports. Elle ne remplace ni l’intuition, ni la culture client, ni l’intelligence collective, ni la gestion du réel, ni l’émotion d’un moment vécu ensemble.

L’IA n’est plus un sujet d’avenir. C’est un sujet de présent.

Quelles convictions souhaitez-vous partager avec les décideurs présents à Live&Com ?

La première conviction, c’est que l’IA n’est plus un sujet d’avenir. C’est un sujet de présent. Les entreprises qui attendent encore pour comprendre, tester et structurer leurs usages prennent déjà du retard.

La deuxième, c’est que l’IA ne doit pas être pensée comme une menace, mais comme une formidable opportunité d’élévation. Elle peut permettre aux agences et aux marques d’être plus créatives, plus réactives, plus pertinentes, plus personnalisées. À condition de ne pas la réduire à un gadget ou à une simple promesse technologique.

La troisième conviction, c’est que l’enjeu n’est pas seulement technologique, il est culturel et managérial. Le vrai sujet, ce n’est pas d’avoir quelques personnes qui savent utiliser l’IA. C’est de faire monter en compétence l’ensemble des équipes, de créer des réflexes, des méthodes, des règles du jeu, une culture commune.

Enfin, je crois profondément que l’IA va renforcer la valeur des grands acteurs capables d’allier puissance créative, conseil stratégique, production, maîtrise technique et responsabilité. Dans un monde où l’exécution se démocratise, la différence se fera encore davantage sur la vision, la stratégie, l’expérience, la cohérence et la capacité à créer des moments qui ont du sens.

À Live&Com, j’ai envie de partager une conviction simple : l’IA ne rendra pas les événements moins humains. Bien utilisée, elle peut au contraire nous aider à créer des expériences plus justes, plus fortes, plus mémorables… Avec une clé de réussite : l’humain aux commandes !

Laurent Moreau, Director of Brand Communication & Customer Experience / Biogaran

Laurent Moreau - © D.R.
Laurent Moreau - © D.R.

Comment Biogaran intègre-t-il l’IA dans ses activités ?

Chez Biogaran, comme dans beaucoup de grands groupes, nous avançons de manière progressive et cadrée. L’intégration de l’IA passe d’abord par des outils sécurisés comme Copilot, mais aussi par une logique d’acculturation interne, notamment avec un programme de “Champions” par métiers pour identifier les bons usages, accompagner les équipes, faire émerger les cas d’usage pertinents et éviter une adoption trop dispersée.

Sur l’expérience client, les cas d’usage les plus intéressants concernent aujourd’hui l’analyse et la structuration d’informations complexes : remontées terrain, études clients, données non structurées, personas, analyse de parcours ou encore préparation de business cases. C’est là que l’IA est déjà très utile : transformer une matière abondante, parfois éclatée, en insights plus structurés et plus actionnables.

Dans un secteur très réglementé comme la santé, l’enjeu n’est pas seulement d’aller vite. Il faut aussi construire un cadre fiable, maîtrisé et conforme. C’est probablement l’un des grands sujets des prochains mois : comment passer d’expérimentations utiles à une vraie doctrine d’usage, sans perdre en sécurité, en qualité ou en responsabilité.

L’IA change les attentes, les comportements et la manière d’accéder à l’information.

En quoi l’IA transforme-t-elle concrètement la customer experience ?

L’IA transforme déjà la customer experience parce qu’elle modifie le parcours des patients et, par ricochet, celui des pharmaciens. Elle change les attentes, les comportements et la manière d’accéder à l’information. Selon une étude IFOP menée par Biogaran en mars 2026, près d’un tiers des Français utilisent déjà l’IA pour des questions de santé, dont plus d’un jeune sur deux chez les 18-24 ans. Les usages sont très concrets : comprendre un symptôme, comprendre une ordonnance, savoir s’il faut consulter, ou encore s’orienter dans un parcours de soin.

Cela veut dire que les patients arrivent - et arriveront de plus en plus - avec leurs propres recherches, leurs propres hypothèses, parfois leurs propres pré-diagnostics. Ce n’est pas neutre pour les professionnels de santé. Cela transforme la relation, le niveau de discussion, la pédagogie nécessaire et la question centrale de la confiance.

À l’international, certains modèles vont déjà beaucoup plus loin. En Chine, par exemple, Ant Group expérimente avec AQ des “AI Doctor Agents”, parfois présentés comme des doubles numériques de médecins ou d’équipes médicales. L’idée n’est pas simplement de proposer un chatbot santé, mais une nouvelle couche d’accès au soin : poser une question, comprendre un compte rendu, préparer une consultation, orienter vers la bonne spécialité et connecter l’utilisateur à des services hospitaliers ou de téléconsultation.

Évidemment, un tel modèle serait beaucoup plus contraint en France et en Europe, pour des raisons de données de santé, de responsabilité médicale, de réglementation et d’acceptabilité sociale. Mais il montre bien une chose : l’IA ne va pas seulement améliorer quelques interfaces. Elle peut modifier en profondeur la manière dont les patients entrent dans le système de santé.

Côté pharmaciens, l’impact sera aussi majeur : conseil, relation client, personnalisation, gestion de l’information, efficacité commerciale, voire nouvelles attentes des patients en officine. L’enjeu sera de préserver la confiance, la qualité du conseil et la valeur humaine dans un environnement où l’information devient plus abondante, plus rapide, mais pas toujours plus fiable.

Le vrai sujet n’est pas seulement technologique. Il est humain, organisationnel et stratégique. Il faut partir des problèmes à résoudre, pas des outils.

Quelles convictions souhaitez-vous partager avec les décideurs présents lors de Live&Com ?

Ma conviction principale, c’est qu’il faut sortir du bruit autour de l’IA. Il ne faut ni céder à la fascination, ni à la peur du “grand remplacement”. Tous les métiers ne vont pas disparaître. Toutes les industries ne seront pas touchées de la même manière. Et toutes les initiatives IA ne créeront pas automatiquement de la valeur. Le vrai sujet n’est pas seulement technologique. Il est humain, organisationnel et stratégique. Il faut partir des problèmes à résoudre, pas des outils. Il faut structurer les bons cas d’usage, traiter la data comme un actif stratégique, accompagner les équipes, former, gouverner, mesurer et accepter que le change management soit probablement l’un des facteurs clés de succès.

Pour les directions communication, l’IA est une formidable opportunité, mais à condition de ne pas l’aborder comme une simple boîte à outils. C’est un sujet de transformation du travail, des organisations, de la confiance et du rôle même des communicants. Dans un monde où tout le monde peut produire plus vite, la vraie valeur sera dans le discernement, la cohérence, la qualité du jugement et la capacité à donner du sens.

Aude Mironneau-Raynaut / Responsable Achats marketing communication & événements / Louis Vuitton

Aude Mironneau-Raynaut - © D.R.
Aude Mironneau-Raynaut - © D.R.

Dans une maison comme Louis Vuitton où l’exigence créative est centrale, comment avez-vous perçu l’arrivée de l’IA dans les dispositifs marketing ?

« Sur la partie purement créative, l’arrivée de l’IA a suscité beaucoup de questions et d’inquiétudes au départ. Les équipes se sont interrogées sur deux sujets principaux : d’une part le risque de standardisation des créations si tout le monde utilise les mêmes outils, et d’autre part la question de la propriété intellectuelle. Lorsqu’une création passe par un outil d’IA, la question se pose de savoir à qui appartient réellement le résultat final.

Dans la pratique, nous avons adopté une approche assez prudente. Le jet créatif initial reste aujourd’hui très majoritairement humain, car la création fait partie de l’ADN de la maison. En revanche, l’IA peut être très utile sur des étapes plus opérationnelles, notamment pour les déclinaisons, les adaptations ou certaines productions visuelles. Sur ces sujets, elle permet d’aller plus vite et de simplifier certaines étapes du travail. »

Aurore Lamotte / Director Procurement Marcom Database & Event / Renault Group

Aurore Lamotte - © D.R.
Aurore Lamotte - © D.R.

En quoi la data et l’IA transforment-elles aujourd’hui la fonction achats dans les univers marketing et communication ?

Dans les achats marketing et communication, la data est devenue centrale, notamment sur les sujets liés au CRM. L’intelligence artificielle permet aujourd’hui d’automatiser certaines prestations qui étaient auparavant réalisées par des prestataires. Par exemple, lorsqu’une campagne de communication est créée dans un pays, son adaptation pour les différents marchés peut désormais être facilitée grâce à des hubs et à certains outils d’IA. Ces dispositifs permettent d’automatiser certaines déclinaisons locales ou certaines tâches qui étaient auparavant très manuelles.

On observe également ces évolutions sur des sujets comme la traduction ou certaines productions visuelles. La transformation reste progressive, mais elle est déjà visible sur les prestations les plus standardisées, où l’IA permet d’accélérer certaines étapes tout en simplifiant l’organisation des campagnes.

Preuve de la confiance qu’ils accordent à l’IA, nos quatre mentors ont accepté de se prêter au jeu de l’anticipation à travers une illustration conçue par l’IA qui illustre le contenu de l’atelier-débat sur lequel ils interviendront le 29 mai en clôture de Live&Com.

Image conçue avec ChatGPT - © D.R.
Image conçue avec ChatGPT - © D.R.