Fly me to the Moon
Que ce soit le voyage vers la Lune ou l’espoir d’assister à un concert de Céline Dion à Paris, les deux événements rappellent, chacun à sa façon, ce qui fait la puissance incomparable des grands moments : le vertige de l’inaccessible.
Franck Sinatra n’avait pas son pareil pour vous faire flotter en apesanteur, bercé par son timbre langoureux. « Fly me to the Moon », par exemple, vous fait instantanément décoller vers les étoiles, avec la furieuse envie, comme le dit la chanson, de voir à quoi ressemble le printemps sur Jupiter et Mars.
L’équipage d’Artemis-2, parti pour un aller-retour de dix jours vers la Lune, en fredonne-t-il l’air durant leur périple ? Dieu sait si j’aimerais me glisser dans la capsule pour participer à ce voyage et voir de mes yeux ce que seuls vingt-quatre hommes - dans toute l’histoire de l’humanité - ont pu admirer, en orbite autour de l’astre, ou en posant le pied dessus. L’expérience « money can’t buy » ultime, dont nous autres, simples Terriens, sommes définitivement exclus.
Il en est d’autres qui risquent de se sentir exclus d’ici quelques mois. Les milliers de fans de Céline Dion qui, pour ne pas avoir eu la chance de décrocher le précieux sésame, ne pourront pas assister à l’un des dix concerts exceptionnels que donnera la chanteuse à l’automne prochain à Paris La Défense Arena. Ils seront certes un peu plus que vingt-quatre à poser le pieds sur le sol de l’enceinte de Nanterre et à pouvoir dire « j’y étais », mais à quel prix ? L’annonce du retour de l’icône a suscité un tel emballement que l’achat des place s’est vite transformé en mission impossible.
C’est le paradoxe des grands événements : plus ils sont rares, plus ils font rêver ceux qui n’y seront pas. Le plus dur, pour celles et ceux qui les orchestrent, est précisément là : transformer cette frustration en désir, et offrir aux absents une autre forme d’émotion, vécue à distance - mais vécue quand même.