Secousses d’hier et d’aujourd’hui
Le mot « choc » a occupé l’espace médiatique cette semaine, autant pour raviver les souvenirs douloureux que pour marquer les esprits.
« Je suis choqué(e) ». Cette expression, omniprésente chez les plus jeunes, dit ordinairement l’étonnement, parfois feint, souvent exagéré. Cette semaine, pourtant, elle traduit un ressenti bien réel face à deux actualités singulièrement liées au mot « choc ».
Lionel Jospin s’est éteint le 23 mars, au lendemain du second tour des élections municipales. Son décès ranime instantanément le souvenir du 21 avril 2002 : cette sidération nationale, ce moment où la France s’était figée en découvrant l’élimination dès le premier tour de la présidentielle. Pour toute une génération, ce jour-là a laissé une empreinte indélébile, un choc à la fois intime et collectif.
Tout comme celui du premier choc pétrolier, en octobre 1973, pour la génération précédente. Une crise qui a marqué la fin des Trente Glorieuses et plongé le monde dans une instabilité économique dont nous ressentons encore les effets. Entendre le ministre de l’Économie, Roland Lescure, user du même mot devant les députés de l’Assemblée nationale pour qualifier la situation liée au conflit au Moyen-Orient est à la fois frappant et troublant. Son rétropédalage maladroit ne change rien : la crainte d’un désordre mondial incontrôlable grandit chaque jour parmi nos concitoyens.
Les mots ne sont jamais neutres. Aujourd’hui, plus que jamais, il faut en mesurer la portée. N’en déplaise aux démagogues.