Stratégies

Pierre Leclercq : « Chez Citroën, le design n’est jamais une fin en soi. »


À l’occasion de la 50ᵉ édition du salon Rétromobile, Citroën fait son retour après deux ans d’absence avec un stand dédié à son patrimoine. À travers sept concept-cars, la marque retrace plus d’un siècle d’histoire et réaffirme son ambition, depuis 1919, de rendre la mobilité accessible grâce à des technologies innovantes et axées sur le confort. Rencontre avec Pierre Leclercq, Directeur du design de Citroën.

Pierre Leclercq : « Chez Citroën, le design n’est jamais une fin en soi. »
Pierre Leclercq : « Chez Citroën, le design n’est jamais une fin en soi. »

Qu’est-ce qui motive le retour de Citroën sur Rétromobile ?

P.L.  : Être présent sur des salons qui se tiennent en France est fondamental pour nous, qu’il s’agisse de Rétromobile ou du Mondial de l’Auto. Le patrimoine prend une importance croissante pour les marques, et tout particulièrement pour Citroën, qui compte aujourd’hui 107 ans d’histoire. Il est essentiel de montrer que notre philosophie reste intacte : une créativité permanente, une volonté d’expérimenter, de réinventer, de ne jamais s’installer dans le confort. Des projets comme ELO incarnent précisément cet état d’esprit. Ce qui est passionnant ici, c’est la confrontation entre, d’un côté, les modèles de série emblématiques de notre patrimoine et, de l’autre, des concept-cars prospectifs. Cela permet de comprendre le fil rouge qui relie toutes ces voitures : la philosophie Citroën, qui traverse les époques sans jamais se diluer.

Le stand Citroën expose sept concepts-cars historiques de la marque. - © Citroën
Le stand Citroën expose sept concepts-cars historiques de la marque. - © Citroën

Justement, comment définiriez-vous ce fil rouge en quelques mots ?

P.L.  : Pour moi, ce fil rouge, c’est avant tout la créativité au service de la fonctionnalité. Je demande toujours à mes designers de ne pas se limiter au style. Chez Citroën, le design n’est jamais une fin en soi. Nos clients attendent de la rationalité, de l’intelligence d’usage, des solutions concrètes à leurs besoins du quotidien - pas seulement une esthétique moderne ou une motorisation électrique. C’est cette philosophie qui guide mon travail depuis sept ans et celui de toute mes équipes. Elle devient encore plus essentielle lorsqu’on aborde le rétro-design : il ne s’agit pas de copier le passé, mais de préserver l’ADN Citroën en continuant à inventer. Les passionnés de la marque viennent chercher ici une forme de vérité : comprendre ce qui les relie émotionnellement à Citroën, ce qui fait que cette marque est différente des autres. Notre rôle est d’entretenir ce lien, de rassurer aussi, notamment sur les sujets de qualité, et de montrer que Citroën reste une marque profondément humaine, portée par des clients qui ont - littéralement - le sang Citroën dans les veines.

Les passionnés de la marque viennent chercher sur le stand une forme de vérité : comprendre ce qui les relie émotionnellement à Citroën

Comment avez-vous conçu la scénographie du stand et quels sont les enjeux de ce salon pour la marque ?

P.L.  : La scénographie a été pensée comme un récit. Au centre du stand, une vidéo pose le cadre, tandis que plusieurs concept-cars sélectionnés racontent l’histoire de cette créativité permanente. On y perçoit clairement les similitudes, les résonances entre les époques. Nous proposons également des guides audio qui expliquent la genèse des maquettes. Ce que l’on comprend très vite, c’est que même si un concept-car n’aboutit jamais tel quel en production, il influence profondément la marque. Parfois à 50 %, parfois à travers quelques idées clés, mais toujours de manière décisive. Ce sont de véritables laboratoires d’idées, qui nourrissent nos projets futurs. Quant aux enjeux de Rétromobile, ils sont clairs : reconnecter l’ensemble de l’écosystème Citroën - les clients, le réseau, les collaborateurs - autour de notre ADN. C’est un salon fédérateur, un rendez-vous incontournable pour raviver l’attachement à la marque et renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté.

Le concept-car ELO  repose sur trois piliers  : Play, Rest and Work - qui lui donnent son nom.  - © Tanguy Leclerc
Le concept-car ELO repose sur trois piliers  : Play, Rest and Work - qui lui donnent son nom. - © Tanguy Leclerc

À quelles attentes actuelles des automobilistes répond le concept ELO ? Qu’est-ce qui a guidé sa conception ?

P.L.  : ELO, est avant tout un laboratoire d’idées. C’est un espace d’expérimentation où nous testons des solutions, tout en dessinant une vision pour l’évolution du design Citroën. Dans un concept-car, il faut savoir choisir ses batailles : vouloir tout faire conduit souvent à de mauvaises voitures de série.

ELO, est avant tout un laboratoire d’idées.

Avec ELO, nous avons voulu révolutionner l’espace intérieur sur une empreinte très compacte, en partant de la base d’une C3. Nous nous sommes demandé ce qu’il était possible de faire en repensant totalement l’architecture : moteur électrique à l’arrière, roues poussées vers l’avant, optimisation maximale de l’espace entre les essieux. L’objectif n’était pas d’ajouter des rangées de sièges, mais de créer un véritable confort pour les occupants, à l’avant comme à l’arrière.

Le concept repose sur trois piliers - Play, Rest and Work - qui lui donnent son nom. Conduire, bien sûr, mais aussi travailler, jouer, créer, se reposer. Ces usages correspondent à une réalité que nous observons de plus en plus : des modes de vie plus mobiles, plus hybrides, où la voiture devient un espace polyvalent. Avec ELO, on peut planifier un week-end, travailler au vert, pratiquer des activités grâce à des partenariats comme celui avec Decathlon, voire dormir à bord. Sans prétendre rivaliser avec un camping-car, c’est une proposition familiale, confortable et profondément ancrée dans les usages contemporains.

À titre personnel, quel modèle Citroën vous a le plus marqué ?

P.L.  : J’ai grandi dans une Dyane que conduisait ma mère. J’ai passé une partie de mon enfance debout sur la banquette arrière, et j’en garde des souvenirs très forts. La présence d’une 2CV à Rétromobile est également très émouvante pour moi. En termes de design, d’ingénierie et d’intelligence conceptuelle, peu de voitures dans l’histoire automobile sont aussi inspirantes. Le dialogue entre designers et ingénieurs était extraordinaire. Ils ont osé des solutions radicales, parfois déroutantes, mais toujours visionnaires. C’était une autre époque, mais une source d’inspiration absolument inépuisable.

Citroën 2CV - © Tanguy Leclerc
Citroën 2CV - © Tanguy Leclerc