Stratégies

Xavier Unkovic - Bonduelle : « L’élément central de notre identité, c’est le plaisir »


À mi-parcours de son plan « Transform to Win », Xavier Unkovic, directeur général de Bonduelle, détaille les priorités du groupe : performance, innovation, agriculture régénératrice, nouvelles solutions repas et lancement d’une nouvelle plateforme de marque, au service d’une alimentation végétale durable et accessible.

Xavier Unkovic - Bonduelle : « L’élément central de notre identité, c’est le plaisir »
Xavier Unkovic - Bonduelle : « L’élément central de notre identité, c’est le plaisir »

Quelle dynamique traverse Bonduelle actuellement et quelles sont vos priorités pour cette nouvelle année ?

X.U. : Depuis deux ans, nous menons un plan de transformation triennal, baptisé Transform to Win. Il s’articule autour de cinq priorités : le développement des marques et de l’innovation, l’excellence opérationnelle, le renforcement de nos marchés clés, l’efficacité de notre organisation, et notre impact positif sur la société et l’environnement. Ce plan nous apporte un cadre clair et structurant. Il nous aide à rester concentrés sur l’essentiel.

Vous avez lancé ce plan il y a deux ans. Vous êtes donc aujourd’hui à mi-parcours. Quels enseignements en tirez-vous ?

X.U. : Globalement, nous sommes satisfaits. La première année du plan a été déterminante, car elle nous a permis d’atteindre, voire de dépasser, nos objectifs financiers. Nous nous étions fixé trois indicateurs chiffrés prioritaires. L’objectif était avant tout de stabiliser nos performances. Finalement, nous avons enregistré une progression de 11 % du résultat courant d’exploitation, ce qui constitue un signal très positif. Ce résultat était d’autant plus important que notre plan de transformation s’accompagnait de choix stratégiques forts. Nous avons notamment cédé certaines activités, comme les salades en sachet en France et en Allemagne. Ces décisions nous ont permis de recentrer notre portefeuille sur nos métiers cœur, tout en accélérant le développement de segments à fort potentiel, comme l’activité traiteur.

La nouvelle plateforme de marque Bonduelle, signée Carré Noir et Publicis, sera lancé au mois de mars. - © Bonduelle
La nouvelle plateforme de marque Bonduelle, signée Carré Noir et Publicis, sera lancé au mois de mars. - © Bonduelle

Vous prévoyez de lancer d’ici quelques jours un nouveau branding pour Bonduelle. Quels en sont les composants ?

X.U. : Effectivement, le mois de mars marquera une étape importante avec le lancement de la nouvelle plateforme de marque Bonduelle. Elle reposera sur une identité renouvelée, un nouveau packaging, une expérience visuelle repensée et une stratégie d’activation modernisée. Ce travail a été mené en étroite collaboration avec nos partenaires Carré Noir et Publicis. Il s’inscrit dans une volonté de renforcer la cohérence et la lisibilité de la marque, tout en la rendant plus contemporaine et plus attractive. Cette relance concernera l’ensemble des marchés européens. Notre objectif est clair : redonner à Bonduelle une expression forte, capable de valoriser nos engagements, notre savoir-faire et notre ambition en matière d’alimentation végétale, tout en créant un lien renouvelé avec les consommateurs.

Comment adaptez-vous votre stratégie face à la montée en puissance des marques de distributeur ?

X.U. : C’est un sujet central pour notre activité. Bonduelle est à la fois une marque forte et un partenaire industriel de la grande distribution. À ce titre, nous produisons également des marques de distributeur, mais selon des cahiers des charges différents. Nous travaillons à partir d’une même récolte, dont nous valorisons les différentes qualités. Les lots présentant les meilleures performances gustatives, nutritionnelles et visuelles sont prioritairement destinés à nos marques. Les autres répondent parfaitement aux standards des marques de distributeur, mais avec un positionnement différent. La principale différence réside donc dans le niveau d’exigence et dans l’expérience proposée au consommateur. Cette qualité est tangible, perceptible, et elle justifie le positionnement de nos produits de marque. Parallèlement, l’activité marques de distributeur contribue à optimiser nos outils industriels et à maîtriser nos coûts, en assurant des volumes complémentaires.

Bonduelle, c’est une combinaison rare entre héritage et modernité.

Qu’est-ce qui structure aujourd’hui l’identité de Bonduelle ?

X.U. : L’élément central de notre identité, c’est le plaisir. Le plaisir de bien manger, de se nourrir sainement, mais aussi le plaisir visuel. Nos légumes sont sélectionnés, travaillés et présentés pour être appétissants. Ils sont mis en scène, photographiés, valorisés, afin de donner envie avant même la dégustation. À cela s’ajoute une exigence forte sur la qualité nutritionnelle. Nos produits sont naturellement riches en vitamines, en fibres et en antioxydants. Pour autant, nous ne nous positionnons pas comme une marque prescriptive ou moralisatrice. Notre rôle n’est pas de donner des leçons, mais d’accompagner les consommateurs vers une alimentation plus végétale, plus équilibrée et plus simple au quotidien. Notre identité repose également sur un engagement environnemental affirmé. Nous travaillons activement sur la réduction de notre impact, le développement de l’agriculture régénératrice et la préservation des sols. Cette démarche s’inscrit dans une vision de long terme, en lien étroit avec nos partenaires agricoles. Enfin, Bonduelle, c’est une combinaison rare entre héritage et modernité. Avec près de 170 ans d’histoire, une forte implantation française, un savoir-faire reconnu et une volonté constante d’innovation, nous défendons une alimentation végétale de qualité, accessible au plus grand nombre, sans jamais transiger sur nos valeurs.

Cette vision stratégique s’appuie-t-elle sur des dispositifs concrets et des engagements formalisés pour guider vos actions au quotidien ?

X.U. : Oui, elle repose sur des programmes structurants et des référentiels exigeants. Notre certification B Corp en est l’illustration la plus forte. Elle atteste de notre engagement en matière de responsabilité sociale, environnementale et sociétale, et nous oblige à inscrire nos décisions dans une logique de progrès continu. Nous nous appuyons également sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, qui nourrissent notre réflexion sur la composition de nos produits, leurs apports nutritionnels et leur équilibre. Cela nous permet de proposer une offre cohérente avec les attentes en matière de santé publique, sans tomber dans une approche dogmatique. Parallèlement, nous investissons fortement dans le développement de repas complets prêts à consommer. C’est un axe stratégique majeur, qui répond aux nouveaux usages alimentaires. Je pense notamment à nos lunch bowls, qui combinent légumes, protéines et fibres dans des recettes pratiques et équilibrées. Cette offre marque un véritable tournant pour Bonduelle : elle nous permet de passer du simple accompagnement végétal à des solutions repas complètes, adaptées aux rythmes de vie contemporains.

Aujourd’hui les plats préparés représentent 15 % de notre chiffre d’affaires

Quelle place occupent aujourd’hui les plats préparés dans votre activité, et quelle est votre ambition à moyen terme ?

X.U. : Aujourd’hui ils représentent environ 15 % de notre chiffre d’affaires. C’est encore une part minoritaire, mais elle progresse rapidement. Notre objectif est d’atteindre, d’ici cinq ans, un équilibre proche de 50 % entre les solutions repas et nos activités plus traditionnelles.

L’objectif du groupe est d’atteindre, d’ici cinq ans, un équilibre proche de 50 % entre les solutions repas et ses activités traditionnelles. - © _@monsieurhuman
L’objectif du groupe est d’atteindre, d’ici cinq ans, un équilibre proche de 50 % entre les solutions repas et ses activités traditionnelles. - © _@monsieurhuman

Comment la RSE s’inscrit-elle concrètement dans votre modèle économique et vos pratiques quotidiennes ?

X.U. : La RSE fait partie de notre ADN depuis longtemps. Nous y sommes engagés très tôt, presque naturellement. Pour une entreprise comme la nôtre, qui dépend directement du vivant, protéger les sols et soutenir les agriculteurs n’est pas une option : c’est une condition de survie. Ne pas le faire reviendrait, à terme, à nous fragiliser nous-mêmes. Concrètement, cet engagement se traduit par le développement de l’agriculture régénératrice, que nous accompagnons par des dispositifs d’incitation financière. Nous encourageons nos partenaires à adopter des pratiques plus respectueuses des sols, de la biodiversité et des ressources en eau. Aujourd’hui, 97 % de nos agriculteurs partenaires ont signé notre charte d’engagement. Cette démarche est encadrée, mesurée et certifiée par des organismes indépendants. Il ne s’agit pas d’un discours de façade, mais d’une transformation profonde de nos modes de production, inscrite dans la durée.

85 % des agriculteurs avec lesquels nous collaborons renouvellent leurs contrats.

Comment Bonduelle accompagne-t-il ses agriculteurs face aux tensions et crises qui affectent le secteur agricole ?

X.U. : Nous avons construit avec nos agriculteurs des relations historiques, basées sur le respect et la confiance. Contrairement à une centrale d’achat, notre approche n’est pas uniquement transactionnelle : nous privilégions les circuits courts et la production française, avec une vision à long terme. Cette stratégie porte ses fruits : la fidélité de nos partenaires est remarquable, avec 85 % des agriculteurs qui renouvellent leurs contrats. En France, nous travaillons aujourd’hui avec environ 2 000 agriculteurs, et notre engagement consiste à sécuriser leurs revenus, accompagner leurs pratiques durables et soutenir la pérennité de leurs exploitations. Cette stabilité mutuelle nous permet de traverser les périodes de crise avec une approche équilibrée, centrée sur la qualité des produits et la continuité des relations humaines et professionnelles.

Comment Bonduelle organise-t-il son réseau de production pour rester proche des cultures et garantir la fraîcheur des produits ?

X.U. : Notre réseau est structuré en fonction des bassins agricoles. Dans le Nord, nous concentrons notamment la production de légumes verts, tandis que le Sud-Ouest est dédié en majorité au maïs. Nous avons également relancé la culture des légumineuses en France, pour répondre à la demande croissante de protéines végétales. Nos usines sont implantées au cœur des champs, ce qui nous permet d’agir très vite après la récolte. Par exemple, le petit pois passe de la cueillette à la boîte en moins de deux heures. Cette proximité est essentielle pour préserver la qualité gustative et nutritionnelle des légumes, tout en optimisant nos process et en limitant les transports. C’est un modèle qui combine efficacité industrielle, respect du produit et engagement auprès des agriculteurs locaux.

Chez Bonduelle, le petit pois passe de la cueillette à la boîte en moins de deux heures. - © Bonduelle
Chez Bonduelle, le petit pois passe de la cueillette à la boîte en moins de deux heures. - © Bonduelle

À l’horizon 2035, quels sont les principaux défis et priorités pour Bonduelle ?

X.U. : Le premier enjeu est la compétitivité. Pour la renforcer, nous accompagnons nos agriculteurs avec les outils numériques et l’intelligence artificielle. Nous avons près de 200 personnes dédiées sur le terrain pour les soutenir dans leurs pratiques quotidiennes. Nous collaborons également avec des sociétés spécialisées en drones, en gestion de données et en agriculture de précision. Ces technologies permettent d’optimiser les rendements tout en respectant les sols et l’environnement. La pérennité des sols est un autre enjeu essentiel. L’agriculture régénératrice, associée aux nouvelles technologies, constitue un levier majeur pour préserver la fertilité, la biodiversité et la capacité à produire sur le long terme.

Quelle place Bonduelle accorde-t-elle à l’événementiel, et comment cela s’intègre-t-il dans votre stratégie de marque ?

X.U. : L’événementiel occupe une place importante dans notre communication. Nous organisons régulièrement des événements internes et B2B pour fédérer nos équipes et nos partenaires professionnels. Mais nous voyons aussi dans l’événementiel grand public une véritable opportunité pour créer du lien avec les consommateurs. C’est ce que nous avons expérimenté avec le Bon Festival, organisé l’an dernier à Paris, à la Caserne. En deux jours, plus de 3 500 visiteurs sont venus découvrir nos produits, nos innovations et nos engagements. Les échanges ont été extraordinaires : ils nous permettent de recueillir des retours directs, de mieux comprendre les attentes des consommateurs et de renforcer l’attachement à notre marque.

Pour finir, en tant que membre du jury de La Nuit de l’Événementiel, qu’espérez-vous retirer de cette expérience ?

X.U. : J’attends avant tout d’être inspiré. Participer à ces jurys est toujours une expérience très riche et stimulante. Écouter les parcours, les réussites et les projets des candidats est extrêmement motivant et ouvre de nouvelles perspectives. Bien sûr, il faudra désigner un gagnant à la fin, mais le premier bénéfice, c’est ce que nous, membres du jury, allons apprendre et découvrir tout au long du processus. Ces échanges nous nourrissent autant qu’ils valorisent les participants, et c’est cette dimension d’inspiration et de partage qui rend l’expérience unique.